![]() Le concours photos organisé par Sida Info Service a pris fin le 15 juin. Son but était de mettre en image l’un des thèmes suivants : « prévention », « information », « écoute ». Près de 300 personnes ont déposé leur(s) photo(s) sur www.sida-info-service.org Le jury, sous la présidence de la photographe Jane Evelyn Atwood, va désormais faire son choix. Les prix seront remis le 21 octobre 2010 à Paris dans le cadre d’un colloque organisé par Sida Info Service pour ses 20 ans. Le premier prix est un Mac Book Pro d’une valeur estimée à 1 250 euros, le deuxième prix est un ensemble de matériel photo semi-pro d’une valeur estimée à 650 euros, le troisième prix est un week-end en thalasso pour deux personnes d’une valeur estimée à 250 euros. ***Jane Evelyn Atwood, présidente du jury, répond aux questions de Sida Info Service
"Protégez-vous et acceptez l’autre !"SIS : Vous avez accepté de présider le jury du concours photos proposé par SIS à l’occasion de ses 20 ans. Pouvez-vous nous en donner les raisons ? Jane Evelyn Atwood : Je me suis intéressée au sida dès 1987, date à laquelle j’ai réalisé un travail avec une personne atteinte (Jean-Louis : Vivre et Mourir du sida, 1987). J’ai consacré beaucoup de temps à cette histoire si passionnante et en même temps si triste ; puis j’ai continué à lutter à ma manière contre cette maladie et ses injustices. Ensuite je suis passée à autre chose car je me passionne pour toutes sortes de vies, toutes sortes d’histoires. Comme photographe, sans m’écarter totalement du sujet, je ne pouvais pas rester centrée uniquement sur le sida. Aujourd’hui, je suis extrêmement touchée que SIS me demande de présider le jury de son concours photos. J’ai accepté cette proposition avec joie pour soutenir les actions menées par une association engagée depuis 20 ans dans la lutte contre le sida. Je suis très heureuse que ma notoriété due à mon travail de photographe permette de soutenir une cause si généreuse envers les autres. SIS : Quel est votre souvenir le plus fort lié à la lutte contre le sida depuis 20 ans ? JEA : La rencontre avec Jean-Louis est un des souvenirs les plus importants de ma vie de photographe, de ma vie tout court. En 1987, quasiment personne en Europe n’avait vu d’images de malades du sida. Au tout début de l’épidémie, les images d’Alon Reininger, publiées dans Life Magazine aux Etats-Unis, ont été les seules à évoquer le sujet. Je me souviens de la photo d’un homme en slip, torse nu, allongé sur son lit, parlant nonchalamment au téléphone et couvert de lésions dues au sarcome de Kaposi. Cette photo a gagné le World Press Award cette année-là . C’est en grande partie à cause d’elle que j’ai voulu transposer l’histoire en France et montrer aux Français que le sida pouvait aussi les atteindre. Mon but était de donner un visage aux personnes atteintes et combattre les idées fausses qui couraient sur le sida. Il m’a fallu près d’un an et demi pour rencontrer Jean-Louis. SIS : Dans quelles circonstances l’avez-vous rencontré ? JEA : Une infirmière de soins à domicile, sœur d’une amie proche, me l’a présenté. Jean-Louis était soigné chez lui. Je venais à son appartement parisien vers 7 h du matin et je restais tard le soir. J’ai vite compris que si je n’y passais pas tout mon temps, je ne pourrais pas faire les photos dont j’avais besoin. Je me suis installée chez lui et j’ai cessé pratiquement toute autre activité. J’ai photographié la vie quotidienne de Jean-Louis, déjà très réduite. Après la première semaine, il a très rarement quitté son lit. Quelques semaines après, je l’ai suivi à l’hôpital, où il s’est fait admettre quand nous avons cru qu’il allait mourir. En fait, il y est resté deux mois de plus dans un service réservé aux patients atteints du sida. Jean-Louis est mort en novembre, juste quatre mois et demi après notre première rencontre. Il avait 43 ans. SIS : Jean-Louis a-t-il vu le reportage publié ? JEA : Le reportage est paru dans Paris-Match un mois avant sa mort. Jean-Louis en était fier. Il a téléphoné à tous ses amis pour s’assurer qu’ils l’avaient vu. SIS : Quel message la photographie peut-elle faire passer aujourd’hui aux jeunes générations ? JEA : La photographie peut être une voix forte pour dénoncer, témoigner ou réveiller la conscience des insouciants. Il y a 23 ans, en photographiant la vie quotidienne de Jean-Louis, un homme atteint du sida, n’importe qui pouvait s’identifier à lui et imaginer pouvoir devenir séropositif s’il ne prenait pas de précautions. J’ai voulu que mes photos invitent les gens à se protéger et brisent les idées fausses sur cette maladie. Aujourd’hui, je peux seulement dire la même chose qu’en 1987 : Protégez-vous et acceptez l’autre ! Propos recueillis par Alain Miguet pour Sida Info Service Crédit photo Jean-Louis © Jane Evelyn Atwood Crédit photo Jane Evelyn Atwood © Denis Dailleux Le site de Jane Evelyn Atwood |
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