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12/08/2010
S’engager contre le sida
« Il s’agit d’écouter les gens avec attention. »
Eve Suzanne (Bénévole à SIS Paris)

Retrouvez durant ce mois d’août des hommes et des femmes engagés directement ou indirectement dans la lutte contre le sida. Sida Info Service les a interviewés au cours des derniers mois parce que leur parole est une réflexion sur l’épidémie et une incitation à agir.

Eve Suzanne, bénévole à SIS, parle de son engagement dans la lutte contre le sida. Cette interview a été publiée pour la première fois le 26 février 2010.

Sida Info Service (SIS) : Qu’est-ce qui vous a amené à vous investir dans une association de lutte contre le sida ?

Eve Suzanne (ES) : Dans le monde le sida tue toujours, et j’ai le sentiment d’une absence de volonté politique pour éradiquer la maladie et d’une dictature des grands laboratoires pharmaceutiques qui, par leur refus d’abandonner les brevets sur leurs molécules, condamnent de nombreux Africains séropositifs à la mort. En France, la pilule est remboursée alors que le préservatif qui protège contre les grossesses non désirées, le VIH et les IST, ne l’est pas. Il reste extrêmement cher et je pense tout particulièrement au préservatif féminin. Enfin, si aujourd’hui les porteurs du VIH peuvent vivre plus longtemps, leur existence est fragilisée par des décisions de plus en plus dures du gouvernement sur la Sécurité sociale ou l’hôpital public. Pour avoir assisté à des colloques réunissant des femmes séropositives, je sais qu’elles peinent pour bénéficier d’aides ou, quand elles en bénéficient, d’obtenir le maintien de ces aides. Ce sont tous ces manques et toutes ces injustices qui m’ont poussé à m’engager dans la lutte contre le sida dans le prolongement de mon engagement politique dans le Val-de-Marne.

SIS : Pourquoi avoir choisi de vous engager à Sida Info Service ?

ES : Dans le cadre de mes études, j’ai cherché à effectuer un stage dans des associations Å“uvrant dans le domaine du social. Sida Info Service m’a proposé de travailler avec Hélène Freundlich, coordinatrice des actions femmes et migrantes. Cette période a été bénéfique puisqu’elle m’a permis de toucher du doigt une réalité que je n’avais fait que ressentir pendant les cours. Mes rencontres avec de nombreuses femmes séropositives comportaient un aspect émotionnel qu’il a été impossible d’évacuer par la suite. Et puis quand on s’engage dans une association comme Sida Info Service, il est difficile de ne pas faire sien son combat. Je ne pouvais pas refermer la page sur un simple au revoir. L’opportunité de devenir bénévole, je l’ai saisie sans me poser de questions.

SIS : Que faites vous dans le cadre de vos actions bénévoles ?

ES : Etre bénévole, ce n’est pas seulement distribuer des préservatifs au coin d’une rue. Il s’agit d’écouter les gens avec attention et de faire preuve d’empathie. Beaucoup de ceux et de celles qu’on croise ne sont pas capables de parler de leurs problèmes ou de leurs interrogations naturellement. Quand on sent que quelque chose tarabuste une personne, il convient de la mettre à l’aise pour lui permettre de s’exprimer et d’accéder aux réponses qu’elle cherche. Ce n’est pas forcément nous, les bénévoles, qui possédons les réponses ; alors nous leur fournissons les moyens d’y accéder soit par une brochure, le numéro vert de Sida Info service ou en les adressant à un salarié de Sida Info Service plus au fait que nous. Etre bénévole, c’est aussi allier le côté préventif au côté festif puisque Sida Info Service participe à la Gay Pride ou aux Solidays, des événements où se produisent des contacts humains forts. On rigole pas mal, il y a beaucoup de blagues, et on en apprend pas mal sur les pratiques sexuelles des Français… (Rires).

SIS : Avez-vous un exemple d’un moment fort vécu au cours d’une intervention ?

ES : Sida Info Service a organisé l’été dernier une tournée des plages en Méditerranée. Un soir, nous distribuions des préservatifs devant l’entrée d’un bar – il était peut être une heure et demi du matin, nous étions tous crevés, et une dame est arrivée avec son mari. Moi, toute souriante, je lui propose un préservatif et je ressens alors quelque chose d’étrange dans son regard. Ces deux personnes avaient un peu bu et je pense que cet état a permis à cette femme de me parler. Elle avait appris sa séropositivité 15 jours plus tôt et était encore sous le choc. Elle m’a raconté tout ça. C’était un moment totalement improbable à côté des lumières, des gens qui s’amusaient, qui buvaient, et cette rencontre dans un petit coin à l’écart avec cette femme. C’est la première fois qu’une personne me racontait l’épreuve qu’elle vivait. Je n’ai fait que l’écouter puis elle est repartie en emportant des préservatifs pour ses enfants ainsi qu’un préservatif féminin pour elle. J’ai eu l’impression que mon rôle n’était pas illusoire, que j’exerçais un vrai rôle aidant.

SIS : Comment les bénévoles sont-ils formés ?

ES : La formation se déroule sur un week-end. Comme nous sommes censés divulguer la parole des scientifiques, on nous communique les éléments de base sur le VIH/sida pour répondre par exemple à des questions sur les délais à respecter avant de se faire dépister. Si c’est 3 mois c’est 3 mois, si c’est 15 jours, c’est 15 jours ! On nous apprend aussi à gérer des situations pouvant susciter l’agressivité de certaines personnes à cause de vécus parfois difficiles. Comme Sida Info Service a une expérience non négligeable, ne serait-ce que par son service de téléphonie, elle sait que les questions ne s’arrêtent pas uniquement au sida mais qu’elles abordent la sexualité de façon générale. Savoir mettre de l’humour là où il faut permet à une personne de se sentir mieux et plus relaxe. La formation porte donc un peu plus sur la forme que sur le contenu.

Propos recueillis par Alain Miguet pour Sida Info Service

 
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